mercredi 4 décembre 2013

PARI : REGLE DU BONHEUR N°3

  Avoir des objectifs de vie.

  Oui, quand c'est le bordel dans sa vie, on perd le contrôle, on est plus soumis aux aléas extérieurs, comme s'ils dirigeaient notre vie à notre place.
Quand c'est parfaitement cadré et que RIEN n'est laissé au hasard, on se mure dans notre vision réduite et on rate pleins d'occasions de s'épanouir.
Alors ?
Le bonheur n'est ni dans le chaos ni dans la rigidité, il est dans LE SENS que l'on donne à ce que l'on fait.

  Avoir un objectif permet de ne jamais perdre de vue la direction. Cela permet de se recadrer. C'est une saine discipline, qui remet sans cesse dans notre quotidien les choses qui nous sont essentielles.
Par exemple, si chanter et composer me rend toujours joyeuse et très vivante, quelles que soient les circonstances, force m'est de constater que cela fait partie intégrante de mon équilibre. Et si je suis objective, je m'aperçois que c'est quelque chose que je fais depuis petite et que j'ai toujours aimé. Je m'en donne les moyens maintenant. Tout simplement en prenant des cours de chant, en m'inscrivant dans un projet de groupe, qui permet l'échange et la progression. Je saisis toutes les opportunités pour pratiquer ce que j'aime, même dans ma voiture. Et il en est ainsi avec les quelques BASICS de ma vie. 

   Travaillez ? Oui, si cela nous apporte quelque chose de fondamental, qui peut varier selon les individus et les périodes de vie. Faisons avec ce que l'on a pour avancer dans le sens de notre projet de vie, plutôt que de se plaindre.

  J'ai repris mon poste de prof de Lettres, et je dois dire que je partage de sacrés beaux moments avec mes élèves. Je sens à quel point je leur apporte des choses dans leur construction d'êtres humains, et la confiance qu'ils gagnent à être reconnus et écoutés. Je fais du théâtre chaque jour avec eux, c'est ma manière de m'éclater. Je joue toujours un personnage, je ne suis jamais que spectatrice. Je joue et m'amuse autant sinon plus qu'eux; car moi, je le fais pleinement, sans aucune crainte du regard. Ils réclament sans cesse : Madame, on fait du théâtre !, Madame, vous pouvez jouer ce rôle ? etc... J'ai remarqué que je depuis que je ne sacrifie plus mon plaisir sous prétexte qu'il faut les faire travailler eux, je prends plus de plaisir à venir en classe. A dire vrai, je me régale. J'essaie toujours d'étudier quelque chose en rapport avec MES projets de vie, avec MES basics (écologie, nutrition, théâtre contemporain, analyse filmique, poésie, ateliers d'écriture, auteurs que j'adore, développement personnel, yoga).
Mes cours sont des cours de VIE. pour eux comme pour moi. On apprend ENSEMBLE.

   
                                                                                                                                                             EM


lundi 2 décembre 2013

PARI : REGLE DU BONHEUR N°2 : PRIVILEGIER LES RELATIONS HUMAINES POSITIVES

   "L'amitié double les joies et réduit les peines de moitié" dit Francis Bacon.

  S'entourer de gens avec qui l'on partage des choses, c'est essentiel au bonheur. Entretenir les relations positives demande un peu de volonté. Avoir conscience que nos relations humaines et amicales participent grandement du sens de notre vie est la 1ère étape. La 2nde est de passer à l'acte, en les entretenant, comme un jardin que l'on cultive. 

  "J'ai pas le temps !" entend-t-on souvent. Le temps, c'est comme le reste, ça se prend ! Cela vaut la peine, parfois, de prendre sur une activité de moindre bénéfice, pour dégager du temps pour les choses essentielles. Et oui, si déjeuner tous les mercredis avec ces deux amies étaient ESSENTIEL ? Sans doute plus que perdre 2 heures au supermarché ou traîner au bureau. Être efficace est un choix. Décidons de ce qui est important dans notre quotidien, et tenons-nous y. C'est simple : lorsque l'on va au supermarché avec une liste, on achète uniquement ce dont on a besoin; sinon, on se laisse tenter par n'importe quoi, et l'on se perd. Internet ? Facebook ? Idem. Quelle perte de temps si l'on ne se pose pas de limites claires. Qui n'a pas perdu une soirée entière à passer compulsivement d'un site à un autre, pour éteindre l'ordinateur écoeuré, avec l'impression de n'avoir rien accompli et rien appris.

   Et bien savoir s'entourer, c'est pareil. Privilégions les temps avec nos amis, collègues ou proches, ceux qui nous font du bien, pas les autres. Si vous vous sentez fatigué, triste, épuisé, déprimé, vide, après avoir passé un moment avec une personne, c'est sans doute que l'échange d'énergie n'est pas favorable, et qu'il serait plus bénéfique de fréquenter d'autres personnes. Il y a tellement de gens avec qui l'on peut passer d'excellents moments, avec qui l'on peut rire, avec qui l'on se sent libre d'être vulnérable et de pleurer, ou de partager une nouvelle, qui se réjouiront avec nous, ou bien avec qui l'on refait le monde, avec qui l'on crée, avec qui l'on peut juste "être", faire des activités, du sport, des randos, avec qui partager un dîner, etc... Favorisons ces temps là, c'est le sel de la vie.

   Garder le contact avec un ami est quelque chose de réciproque. Quand seul l'un des deux nourrit la relation et le lien, et tente d'entrer en contact avec l'autre, c'est dommage, et surtout inutile. LE LIEN SE NOUE DES DEUX CÔTéS. 

   Parfois, on en veut à une personne, car elle nous a fait du mal. Un constat des faits est bénéfique. Mais ce n'est pas en cherchant sans cesse un coupable que l'on devient heureux ! Non, c'est en cherchant des solutions pour être heureux qu'on le devient ! 
Voilà la solution qui me manquait depuis quelques mois : c'est en étant heureuse au quotidien, en faisant les choses que j'aime, et surtout EN PARTAGEANT des choses avec des gens, des amis, des proches, que je me sens VIVANTE et que j'avance dans la bonne direction. Avoir en tête clairement les choses qui m'ont blessée dans le passé m'aide à faire mes choix dans le présent, pas à tout teinter d'amertume, au contraire. Parfois, on se pose les mauvaises questions, en ayant l'impression que si l"on ne résout pas le dilemme, on ne pourra continuer à vivre. Alors qu'en fait, il s'agit simplement de changer d'angle de vision. 
J'ai enfin compris que l'on pouvait ne pas s'entendre avec des gens proches, décider de mettre une distance salutaire, et ... pfuiiiiiiiiiiiit, passer à autre chose, en acceptant d'avoir peut-être une cicatrice, une fragilité, qui sera une partir de nous à chérir et à protéger. 

    Cultivons les relations qui nous font plaisir tant que nous sommes en vie et bien portant !
                                                                                                                                                       EM

vendredi 29 novembre 2013

L'HISTOIRE D'ALI (Part.22)

    Le lundi matin, il mit sa veste et sa chemise, monta dans sa voiture : conduite automatique direction le travail. Arrivé devant les locaux de l'assureur, Ali se dit qu'il n'était plus du tout dans l'axe, sans mauvais jeu de mot. Il se vit dans le reflet de la vitre et ne se reconnut pas. 
   Il remonta dans sa voiture, passa prendre des affaires chez lui ainsi que sa guitare. Il s'arrêta devant l'appartement familial. "Chez toi Youssef, comme tu me le répétais, songea-t-il. Pas chez moi."

  Il monta jusque devant la porte d'entrée, et huma l'air du couloir. Ce vieil air vicié, chargé de tous les souvenirs qui l'encombraient. Une odeur de cave moisie, mélangée aux épices du ras el hanout et de l'ascenseur, qui resterait familière à Ali pour l'éternité. Familière, proche, connue, mais pas forcément reliée à la joie. Que c'était difficile pour lui, d'accepter que ce qu'il connaissait le mieux, que ce qu'il avait cru toute sa vie son seul lot possible, soit en fait une part de ténèbres malheureuse, qu'il avait soudain envie d'effacer ! Que c'était compliqué d'arrêter le sentimentalisme crétin qui le poussait à s'apitoyer sur le sort de sa pauvre mère et sur le destin tragique de son père ! Il en avait assez de cette nostalgie qu'il traînait avec ses guêtres depuis son enfance. Marre de ces fantômes accrochés à ses basques qui l'empêchaient de respirer librement. 

   "OK, cette cage d'escalier pue. Tout simplement. Elle a abrité mon enfance, mon adolescence. C'est ainsi. Je ne vais pas y croupir plus longtemps. Qui me retient ici, si ce n'est des souvenirs ? La voisine, Mme Ramoux ? Elle est sympa, mais je vais pas faire ma vie avec elle... L'appartement ? La chambre de maman ? Ses affaires ? Le père ? Lui parler juste parce que c'est mon père et que je lui dois le respect ? Alors qu'il me traite comme un chien ? Y a un moment, tendre l'autre joue, c'est aussi savoir partir et arrêter le désespoir, non ?!" 

   S'il y avait bien une chose que Simone et la musique lui avait apprises, c'est que le sens de la vie même était beaucoup plus simple que ce qu'il croyait depuis des lustres. Que s'emmerder la vie avec un boulot auquel on ne croit pas, se culpabiliser pour un oui ou pour un non, se sentir rejeté par sa famille, ce n'était pas là le vrai sens de la vie. On lui avait pourtant répété depuis petit que "la vie c'est pas du gâteau, et que va falloir en baver, mon p'tit gars". Il avait juste envie de se retourner vers ses parents et de leur dire : "Hé, c'est pas si grave, la vie. Regardez moi : tout va bien ! Détendez-vous ! Oui, même avec des impôts à payer, un alzheimer, les charges de copropriété, le bruit de l'autoroute au loin, le brouillard en hiver, l'augmentation du fioul, oui, même avec tout ça, la vie vaut la peine d'être vécue ! Car en fait, tout ça, ce n'est pas vraiment la vie ! Regardez autour de vous ! Ouvrez les yeux ! Mais surtout : détendez-vous ! Marrez-vous ! Prenez du plaisir !"

  Ali se dit que ses parents ne l'avaient jamais vraiment laissé prendre du plaisir. Ils avaient coupé en lui sa spontanéité, sa créativité : sa joie de vivre, tout simplement. A force d'être brimé, il avait fini par se taire, par entrer dans l'étroit moule qu'on lui proposait, le seul dans lequel il pouvait se couler pour survivre, pour prendre la seule forme qui ferait que ses parents le toléreraient sous leur toit. 
"ça doit être ça aussi, le sens de ma vie. En passer par tout ça.
Je regrette rien", articula-t-il en posant un baiser sur la porte avec sa main droite, puis il tourna les talons.

Adieu Châlon. I'm gone.

                                                                                                                                                   HEM

dimanche 24 novembre 2013

SE REALISER : PASSER A LA POSTERITE ?

Me réaliser c'est mettre en acte les idées que j'ai. C'est essentiel d'utiliser son potentiel tant qu'on est vivant.
Le laisser en friche reviendrait à ne pas se réaliser ; c'est-à-dire de passer à côté de sa vie ? Passer à côté de ses potentialités, n'est-ce pas la définition de la frustration ?
Qu'est-ce que ça serait bien de se réaliser au quotidien, sans se poser de questions...
Petite enquête : vous réalisez-vous au quotidien ? Si oui en faisant quoi ? Si non, qu'aimeriez vous faire ?

Laisser une trace de son passage sur terre, ce n'est pas du tout un enjeu pour moi, ce qui est important pour moi, c'est de m'éclater pendant que je suis en vie. Faire ce que j'aime faire et partager cela avec d'autres, c'est ce qui est le plus important pour moi.

                                                                                                                                                             EM

jeudi 21 novembre 2013

ELLE EST BONNE, LA COLERE ou la petite mélodie du bonheur en ré mineur

   Le corps ne nous trompe pas. Si on se sent mal, c'est pour une bonne raison. Et parfois, un tout petit rien suffit. Se sentir vaguement triste, en colère, frustré, puis laisser la chose enfler en soi jusqu'à la déprime ou la morosité, vous connaissez ? Oui . OK, moi aussi.

   Tout simplement se connecter à ce que l'on sent, plutôt que d'essayer d'effacer l'impression. De toute façon, ça ne marche pas. Alors, à cette nouvelle mode de la "gestion d'émotions" et autres coaching sensés nous détourner de ce que l'on sent, je réponds : SENTONS, au contraire. Vous avez peur de quoi, sérieux ? Pensez vous VRAIMENT être les seuls à ressentir de la colère, du désespoir, de l'excitation ? Mais non, voyons, c'est même la chose la plus répandue chez l'humain. 
Attention à ne pas déborder, me direz vous. C'est facile : SENS au moment où l'émotion t'étreint, c'est LA SEULE solution. Elle cherche juste à te dire quelque chose sur toi ou sur la situation.

Ta colère a un sens, c'est une étoile qui guide
                                     

   Moi, je sais que souvent, je me sens triste et vulnérable à tout. L'insécurité affective dans laquelle j'ai baigné enfant et ado ont généré ce mécanisme de défense en moi. Je suis bien plus heureuse depuis que je l'ai accepté. La colère FURIEUSE que je ressens envers la ou les personnes qui m'ont fait du mal quand j'étais petite et vulnérable est SAINE. Si je ne la ressentais pas, ce serait à mon détriment. Chercher à pardonner ? ça me fait doucement rigoler. Vous pardonnez, vous, à ceux qui vous font souffrir alors que vous n'êtes pas en posture de vous défendre ? En tout cas, vous leur en voulez, et devenez méfiant. C'est tout à fait salutaire, à moins d'avoir envie d'enrichir la sécu à coup de congé maladie pour cause de déprime généralisée. Oui, gâcher votre vie et votre bonheur terrestre par loyauté envers ceux qui vous ont abîmé (même involontaire, le crime non prémédité n'en reste pas moins un crime !) n'est la solution que des masochistes.

   Sentir la juste colère qui nous anime envers celui qui nous a fait souffrir, c'est le premier pas pour restaurer sa dignité. Oui, avoir envie de le taper, de le buter, pourquoi pas... de le gifler, de le secouer pour lui faire prendre conscience. Oh la la la, c'est bien violent tout ça !! Et après ? C'est gênant ? Justement le fait de conscientiser ça évite le passage à l'acte ! Mais oui, les criminels et serial killer ou violeurs, dans 90 % des cas n'ont pas été capables de s'exprimer sur ce qui les taraudait. Ils ont agi compulsivement, débordé par des émotions qu'ils ne comprenaient pas.

  Moi, je me questionne, et j'en ai assez d'être la gentille compréhensive. Je suis celle que je suis. Et ma colère est belle, elle me donne des ailes. Pour m'envoler loin des tyrans domestiques de la vie courante, ceux qui emmerde leur monde afin de régner au moins sur quelque chose, ceux qui se défoulent sur l'autre plutôt que de gérer leur marasme et leurs traumas comme des grands. 
Pas de pitié pour les empêcheurs de vivre, pour les rabats joie ! Ceux qui s'arrogent un droit sur d'autres humains, sous prétexte qu'ils sont plus âgés, plus riches, plus célèbres... plus cons, oui !

     Je dédie cette fugue en ré mineur mélodie colérique du bonheur à tous ceux qui se voient sans fard dans leur miroir.
                                                                                                                                                         EM

L'HISTOIRE D'ALI (Part.21)

   En se réveillant aux côtés de Simone, Ali n'en cru pas ses yeux. Il avait l'impression d'avoir tout gagné en si peu de temps ! 
C'est en allant à pied à la gare que les choses anciennes l'assaillirent. Plus il marchait à travers les rues de Lille, plus une colère inextinguible montait en lui. Il était le premier surpris, car il avait passé un merveilleux week end, plein de promesses amoureuses et artistiques, et rentrait chez lui satisfait. Non, c'était autre chose. Quelque chose de plus fort et profond, qui lui vrillait les tripes. D'où lui venait cette énergie soudaine ? Il aurait pu marcher des centaines de kilomètres. Il aimait Simone et se savait prêt à prendre le risque de souffrir, cela en valait la peine. Il n'avait aucune peur. D'où lui venait ce sentiment de puissance ? Pour une des premières fois de sa vie, il sentait qu'il avait sa vie en main... alors pourquoi cette révolte qui sourdait en lui ?

    Il avait envie de hurler. Putaiiiiiiiiiiiiiiiiiinnnnnnnnnnn ! Il avait mis un bon vieil ACDC sur son Ipod, et sentait une joie immense  mêlée à de la fureur l'envahir, en route for Highway to Hell ! 

   Et TOUT ressurgit. TOUT prit sens de son enfance et adolescence, de ce qu'il avait vécu et subit en fermant sa gueule. Toute sa vie il avait fait profil bas, et là, maintenant qu'il vivait pour lui, il ne pouvait tolérer que cela reste impuni, ou non révélé. 
   Humilié toute sa vie par un père tenant plus du tirant domestique que du papa gâteau, couvert par une épouse dévouée, sous sa coupe; vers qui Ali aurait-il pu se tourner ? Pas de vagues était le leitmotiv, jusqu'à faire semblant d'être un petit garçon heureux et normal, jusqu'à couvrir les brimades permanentes, les bleus à l'âme bien plus douloureux que ceux du corps.
"J'ai des raisons légitimes de lui en vouloir, à ce Youssef. En tant que père, il a été plutôt misérable, et non-content de ne pas me donner d'affection, il s'est employé à me pourrir la vie. Il n'aurait pas supporté que sa descendance s'éclate plus que lui." 
   Ali avait l'impression de ressentir enfin pour ce père la haine méritée, celle que l'on ressent envers ceux qui nous ont tenté de nous détruire. Ali avait du mal à réaliser que c'était aussi simple que cela. En tant que père, Youssef avait été exécrable, et il n'y avait rien à ajouter. ça ne faisait pas de lui quelqu'un de foncièrement mauvais, juste quelqu'un qui avait mal agi, et cela impunément. Cela allait changer. Pourquoi vouloir enjoliver les choses ? Pourquoi et pour qui ? Pour protéger qui, si ce n'est le coupable ? 

   "Ma mère ne m'a jamais vraiment protégé, mais petit, c'est la seule qui m'accordait un peu de temps, alors c'est sans doute pour ça que je me suis attaché maladivement à elle. Un petit crève sans ses parents, c'est leur putain de rôle ! J'avais pas à me sentir redevable et reconnaissant de la moindre miette d'attention qu'ils me donnaient !" La colère le submergeait par vagues, et il se laissait emporter, il voulait aller jusqu'au fond. Savoir ce qu'il y avait au fond. Herbie Hancock succéda au hard rock, et le rythme de la funk prodigieuse de Man-Child se déversèrent dans son coeur. Trop bon, pensa-t-il.

   Il se sentait dédouané du devoir de reconnaissance envers ses parents, celui que la religion prône. "Je crois que j'attendais encore une complicité avec lui, un peu d'amour. Mais putain Ali, ouvre les yeux ! ça viendra jamais ! Pourquoi t'escrimer à être comme Youssef voudrait que tu sois ? Tu seras jamais "convenable", ton "attitude", comme il dit, sera toujours la mauvaise ! T'as tout tenté avec lui..."

   Ali avait tant essayé de communiquer avec son père. Il aurait tant aimé, comme les autres garçons, partager quelques trucs avec son père. Ne serait-ce qu'un bonjour, quand il rentrait de l'école, plutôt que d'être ignoré, jusqu'à être surpris un jour, quand le voisin lui serra la main. Ali avait failli lui demander : "Mais vous me voyez ? J"existe alors !"
Ali comprit ce matin là, réchauffé en marchant sous la pluie, que le problème ne venait pas de lui. Simple constat qui prenait pour le jeune homme de 25 ans l'aspect d'une révélation vitale. Non, il n'avait pas été la cause de ce désamour et cette humiliation constante de la part de son père. C'était la responsabilité de Youssef et sa femme, ça n'avait jamais été celle d'Ali. "Moi, je n'aurais rien pu changer à leur façon de voir la vie et de gérer toutes leurs casseroles. D'ailleurs, à croire que mon père a pensé que mon rôle sur terre était d'être un déversoir à rancoeur et qu'il pouvait se soulager sur moi autant qu'il le voulait. Putain, c'est cool d'avoir un petit gars sans défense que tu peux brimer et martyriser autant que tu veux, ça t'a fait du bien, connard ? Tu t'es senti puissant ?" lança Ali à haute voix, shootant dans une canette sur le trottoir, faisant sursauter une passante devant lui. 

   Ali continua d'un bon pas en direction de la gare, plus très loin. 
Il pensa à toutes les fois où il avait essayé de communiquer son désarroi autour de lui. Mais son père était intelligent, et avait le culte de l'apparence. Il savait parfaitement manipuler les gens autour de lui, afin de ne jamais laisser transparaître devant témoin de sa manière d'être dans l'intimité de leur grand appartement. Jamais il n'aurait frappé ses enfants et sa femme en public. Par contre, aller répandre dans la famille que son fils avait des troubles mentaux et qu'il était victime de son mauvais fils, ça avait longtemps été sa défense, et causé bien du tort à Ali. Maintenant il s'en fichait éperdument. "Si les gens sont assez cons pour croire le bourreau, ça les regarde. Il est plus fort que la victime, les gens ont peur de lui. Mais c'est fini maintenant, je ne suis plus la victime. Ce monde là disparaît, en tout cas je le souhaite. Je vis ma vie, il vit la sienne." 

   Quand il arriva sur la quai du TGV, il sentit des mains se poser sur ses yeux et se retourna. Simone était devant lui, un grand sourire éclairant son visage.
"- Alors ? On part comme un voleur ?
 - Mais je ne voulais pas te réveiller. Je t'ai laissé un mot...
 - Encore heureux ! J'ai pris un taxi, j'avais envie de te dire au revoir... le plus beau gars de Lille qui s'en irait sans me dire au revoir ?

Il la prit dans ses bras et la serra longtemps, longtemps, longtemps... Il avait encore les palpitations de son coeur ancrés dans le sien quand il s'assit sur son siège.

                                                                                                                                                          EM

mercredi 20 novembre 2013

PARI : REGLE DU BONHEUR N°1

Salut, voilà, j'aimerais faire une sorte de pari avec vous, afin d'établir LES REGLES DU BONHEUR. Immuables. Intemporelles. Internationales.
Chaque semaine, j'établis une règle et la respecte, en notant scrupuleusement les réactions qui en découlent et leur impact sur mon état de bien-être.
Je vous propose de la suivre aussi et de me donner votre feed-back, et pourquoi pas, me donner les vôtres, propres. 
Les règles ne sont pas par ordre d'importance, mais plutôt comme l'inspiration les amène dans mon quotidien au moment où j'écris.

Chutes de Langevin Réunion
Faites couler la beauté des paroles

REGLE N°1 :
"Faute de bois, le feu s'éteint" (la Bible). Si je parle de quelque chose, cela va nourrir son feu, cela va la faire exister encore plus. Ainsi, dire du mal de quelqu'un, non seulement n'aide pas la personne, mais ne nous apporte RIEN.
Pour ma part, j'évite les "bavardages de bureau", où l'on daube sur le dos d'un collègue/ ami/ parent (toujours en son absence, vous avez remarqué !) en jouissant du sentiment de connivence procuré par l'alliance temporaire. J'ai pris cette habitude et je peux vous dire que je me sens nettement mieux. Certes, je m'exclus de quelques "bonnes" tranches de discussion, mais sur le long terme, les conséquences en sont bien plus profitables. Parfois, on se sent pris en otage en public, comme forcé à donner son opinion, ou à suivre l'avis général, mais rien ne nous y oblige ! On prend vite le pli, essayez, vous verrez. Une semaine sans jugements sur autrui proféré à voix haute en son absence. S'adresser à l'intéressé, si vraiment vous avez quelque chose à transmettre.

Oui, la parole est créatrice. Nourrir le feu d'une idée permet de la concrétiser. Ce que l'on dit sur soi-même est très important. Un ami à moi, qui gagne très bien sa vie (si l'on peut considérer que 4 fois le smic est un bon salaire), va à pied au travail, n'a plus de charge de famille, et un petit loyer, dit sans cesse qu'il doit "faire attention ce mois-ci" car il n'a plus un sou. Cela fait dix ans que je l'entends dire cela, et vraiment, cela m'épate : comment se débrouille-t-il ? Il ne s'offre pas de vêtements de luxe, ni de restaurants, et vit simplement. Il n'a jamais d'argent de côté, et le répète à l'envie. Et bien, le résultat est qu'il se confond avec cette image de fauché, et que c'est l'idée que l'on a de lui. Et que le pire, c'est qu'il vit dans cette idée du manque et de l'insécurité financière, qui devient donc bien réelle : il est persuadé d'être pauvre ! Avec 4000€ qui tombent chaque mois ! S'il voulait améliorer sa situation, il serait bon déjà qu'il prenne conscience de ce qu'il projette, mais ça, c'est une autre histoire... Et oui, accepter sa responsabilité dans la création d'une situation est parfois bien difficile. Car c'est accepter aussi que la solution vient de NOUS !

Je compte sur vous !
                                                                                                                                                              EM