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vendredi 4 avril 2014

FENG SHUI OU L'ART DE L'ESSENTIEL DANS UNE MAISON

De quoi avons-nous besoin pour vivre ? Au quotidien, fortuné ou pas, nos besoins vitaux restent les mêmes. 
Dormir, cuisiner, manger, se réfugier loin du chaos du monde, se reposer, partager des moments avec nos proches, se laver, s'habiller, lire, faire de la musique, s'adonner à sa passion... en bref, c'est un espace protégé où l'on peut être soi sans crainte d'être dérangé. C'est dire si c'est important d'avoir un coin à soi.
A quoi bon s'encombrer de multiples bibelots qui prennent la poussière, de souvenirs anciens qui nous raccrochent trop au passé et nous distraient du moment présent, de meubles encombrants qui nous alourdissent, de centaines de CD, livres, photos, menus objets inutiles que l'on garde "au cas où" ?

Notre intérieur se doit de refléter ce que l'on aime dans la vie, en sélectionnant rigoureusement toute chose qui y pénètre. En effet, tout comme votre corps ne se laisse pas pénétrer par n'importe quoi ( ou n'importe qui ), il est bon de préserver votre intérieur de toute intrusion négative. Il est préférable que votre intérieur soit conforme à vos souhaits de vie. Ainsi, une amatrice de cuisine aura soin d'avoir un espace pratique pour cuisiner, avec peu de matériel, mais de qualité, un plan de travail toujours dégagé, des placards rangés, un garde-manger bien approvisionné, afin de ne pas perdre de temps. S'il faut monter sur une chaise pour attraper une casserole, oubliez, c'est que cet objet soit n'a pas trouvé sa place, soit qu'il est inutile. Dans une maison, le but du Feng Shui est de se SIMPLIFIER la vie. Pas de gestes superflus, tout est pensé pour réduire l'encombrement et les mouvements en trop, afin de favoriser une bonne circulation d'énergie ( de QI) dans votre espace. Une maison où l'on se sent bien, en français ! Cela demande de savoir exactement ce que l'on veut faire dans chaque pièce, et de quelle manière. Une sorte d'étude préalable avant de remplir l'espace de meubles et de choses, en quelque sorte, est nécessaire. 


Le fait d'avoir déménagé plusieurs fois pour l'autre bout de la planète, m'a appris à voyager léger dans cette vie. Je réalise qu'il n'y a finalement que très peu de choses auxquelles je tiens vraiment. On peut facilement considérer que frigo, éléctro-ménager, placards, vaisselle, TV, ordis, étagères, tables... sont interchangeables.... Allez, honnêtement, à moins de s'accrocher mordicus à " sa " machine à laver ou à son canapé en cuir, cela nous coûte bien  moins au final de les considérer comme des "utilitaires remplaçables " que comme des parties de nous. De se détacher un peu, en somme. J'épure totalement mon intérieur, afin de passer le moins de temps possible à nettoyer, réparer ou maintenir une foultitudes d'appareils. J'ai envie de réduire mes possessions afin d'être et de VIVRE plus ! Ecrire est une de mes activités fétiches, je n'ai besoin pour cela que d'un carnet et d'un stylo, puis de mon ordinateur. Je me mets au calme dans le jardin, sur des coussins dans l'herbe. Je n'ai plus de livres, car je les ai tous vendus il y a un an, sauf mes 10 essentiels, et bien, cela me suffit amplement. Cela m'évite une bibliothèque encombrée dans le salon. 

Se débarrasser du vieux, cassé, inutile, laid permet de libérer de la place dans sa vie, de l'alléger, comme pour son corps quand on perd du poids et que l'on se remet en forme. On se sent mieux, avec plus d'énergie, plus vivant, quoi !
Des objets laids, que nous n'aimons pas ou n'utilisons pas, sont aussi négatifs pour notre santé que la pollution sonore ou de mauvais aliments. 
Une maison saine, c'est une maison qui respire. Aérée, lumineuse, rangée, agencée avec goût et simplicité. 
A l'image de la vie que l'on souhaite !

Bon tri et rangement ! 
MORE IS LESS 

                                                                                                                                                             EM

jeudi 21 novembre 2013

ELLE EST BONNE, LA COLERE ou la petite mélodie du bonheur en ré mineur

   Le corps ne nous trompe pas. Si on se sent mal, c'est pour une bonne raison. Et parfois, un tout petit rien suffit. Se sentir vaguement triste, en colère, frustré, puis laisser la chose enfler en soi jusqu'à la déprime ou la morosité, vous connaissez ? Oui . OK, moi aussi.

   Tout simplement se connecter à ce que l'on sent, plutôt que d'essayer d'effacer l'impression. De toute façon, ça ne marche pas. Alors, à cette nouvelle mode de la "gestion d'émotions" et autres coaching sensés nous détourner de ce que l'on sent, je réponds : SENTONS, au contraire. Vous avez peur de quoi, sérieux ? Pensez vous VRAIMENT être les seuls à ressentir de la colère, du désespoir, de l'excitation ? Mais non, voyons, c'est même la chose la plus répandue chez l'humain. 
Attention à ne pas déborder, me direz vous. C'est facile : SENS au moment où l'émotion t'étreint, c'est LA SEULE solution. Elle cherche juste à te dire quelque chose sur toi ou sur la situation.

Ta colère a un sens, c'est une étoile qui guide
                                     

   Moi, je sais que souvent, je me sens triste et vulnérable à tout. L'insécurité affective dans laquelle j'ai baigné enfant et ado ont généré ce mécanisme de défense en moi. Je suis bien plus heureuse depuis que je l'ai accepté. La colère FURIEUSE que je ressens envers la ou les personnes qui m'ont fait du mal quand j'étais petite et vulnérable est SAINE. Si je ne la ressentais pas, ce serait à mon détriment. Chercher à pardonner ? ça me fait doucement rigoler. Vous pardonnez, vous, à ceux qui vous font souffrir alors que vous n'êtes pas en posture de vous défendre ? En tout cas, vous leur en voulez, et devenez méfiant. C'est tout à fait salutaire, à moins d'avoir envie d'enrichir la sécu à coup de congé maladie pour cause de déprime généralisée. Oui, gâcher votre vie et votre bonheur terrestre par loyauté envers ceux qui vous ont abîmé (même involontaire, le crime non prémédité n'en reste pas moins un crime !) n'est la solution que des masochistes.

   Sentir la juste colère qui nous anime envers celui qui nous a fait souffrir, c'est le premier pas pour restaurer sa dignité. Oui, avoir envie de le taper, de le buter, pourquoi pas... de le gifler, de le secouer pour lui faire prendre conscience. Oh la la la, c'est bien violent tout ça !! Et après ? C'est gênant ? Justement le fait de conscientiser ça évite le passage à l'acte ! Mais oui, les criminels et serial killer ou violeurs, dans 90 % des cas n'ont pas été capables de s'exprimer sur ce qui les taraudait. Ils ont agi compulsivement, débordé par des émotions qu'ils ne comprenaient pas.

  Moi, je me questionne, et j'en ai assez d'être la gentille compréhensive. Je suis celle que je suis. Et ma colère est belle, elle me donne des ailes. Pour m'envoler loin des tyrans domestiques de la vie courante, ceux qui emmerde leur monde afin de régner au moins sur quelque chose, ceux qui se défoulent sur l'autre plutôt que de gérer leur marasme et leurs traumas comme des grands. 
Pas de pitié pour les empêcheurs de vivre, pour les rabats joie ! Ceux qui s'arrogent un droit sur d'autres humains, sous prétexte qu'ils sont plus âgés, plus riches, plus célèbres... plus cons, oui !

     Je dédie cette fugue en ré mineur mélodie colérique du bonheur à tous ceux qui se voient sans fard dans leur miroir.
                                                                                                                                                         EM

jeudi 18 juillet 2013

ESPRIT LIBRE

"Il est dur de vivre sous le joug de la nécessité, mais il n'est nulle nécessité d'y vivre." Epicure

"L'obéissance, c'est la mort" Alexandra David Neel. 


     N'est-ce pas que le bonheur est une discipline de chaque jour, comme une bonne habitude à prendre de voir la vie sous un jour favorable ? Difficile quand on est dans la résignation, dans la compromission d'un travail qui nous déplaît, d'une famille qui ne nous comprend pas, d'un époux qui nous donne des ordres... 
Alexandra David Neel, notre belle et française aventurière, qui n'a eu de cesse, sa vie durant, de vivre pleinement son existence, en accord avec ses principes, questionne la race humaine : "comment de la douleur de chaque homme (abnégation, passivité, résignation), voulez-vous constituer le bonheur de l'humanité ?"

     Y a-t-il encore des personnes pour douter de cette évidence, que la  vie est faite pour sentir de la joie, du bonheur, et que le sentir est aussi une question de volonté ?

  J'ai discuté hier avec une dame de 93 ans de mon village, qui fait facilement 20 ans de moins, guillerette et pimpante ; elle m'a raconté avoir été déportée avec son jeune mari dans un camp de concentration, que la plupart de sa famille a péri là-bas, qu'elle se doute de qui l'a dénoncée, car elle se cachait avec son amoureux dans un petit village, et ils ont été cueillis là-bas. Elle a vécu un traumatisme terrible, et  s'en est sortie, dit-elle, grâce à sa petite taille et ses petites mains, car elle s'occupait des pièces de précisions des canons dans le camp. Elle était maigre, se sentait mourir, à vécu les pires humiliations. Elle m'a dit qu'elle ne réfléchissait pas, qu'elle s'extrayait de toutes sensations, et se raccrochait aux petites joies, même minimes, qu'elle pouvait trouver chaque jour, comme une parole à une camarade. 

   A lire ce témoignage, 2 possibilités se font jour :  en sortant d'un camp, la dévastation et le suicide ou perte du goût de la vie ou bien une revanche sur la vie, avec une joie et un appétit décuplé. Elle est de cette 2ème catégorie, se faisant un devoir d'honorer la vie si précieuse qu'elle avait eu la chance d'avoir sauve.

   Nul besoin de prendre l'exemple extrême du camp, car dans nos vies d'humain, de grandes souffrances peuvent exister, et la plus grande est la manque d'amour, d'affection. Enfant, on peut vivre enfermé en étant apparemment libre, maltraité sans la moindre trace de coup, abusé dans sa plus précieuse intimité... Si là-dessus, se greffe la perte d'un être cher, des parents, une maladie, l'équilibre bien précaire vole en éclat. 
 Enfant et ado, l'humiliation, l'incompréhension, le manque d'empathie, d'affection, de reconnaissance, la violence verbale et physique, les dérapages sexuels... tout ceci marque dans la chair. Mais quand l'on s'en relève, plus rien d'autre ne compte que la joie de vivre, car l'on a découvert le bien le plus précieux que l'on aie sur terre : LA VIE ! Et plus question maintenant de lésiner ! Comme au final, on part sans rien, autant tout donner tout de suite ! TOUT ! Être généreux avec la vie, elle le sera doublement en retour.

   Qu'est-ce que cela signifie, concrètement ? Easy : faire de son mieux chaque jour qui s'écoule, pour accomplir sa tâche, pour aimer ceux qui nous entourent, pour prendre du plaisir... Attention, je n'ai pas dit s'octroyer des petits plaisirs coûteux et futiles ! Mais PRENDRE du plaisir. Le prendre là où il est. Là où il est disponible dans le quotidien. Mon travail me gonfle ? Mais j'ai une collègue avec qui je ris beaucoup, alors j'en profite. Je ralentis le rythme, quitte à en faire moins, mais à le faire pleinement. Au contraire, je ne perds pas de temps aux tâches annexes, comme répondre pendant des heures à des mails, ou me perdre sur internet à comparer des locations de vacances. 

    Pour ma part, je suis heureuse quand j'arrive dans ma journée, à être créative. Peu importe comment. Ecrire, cuisiner, peindre, faire l'amour, discuter, faire un bouquet, chanter, servir un plat. Il est possible de l'être, à tout moment, surtout quand je me défais des jugements négatifs qui peuvent émaner des êtres autour de moi qui préfèrent regarder le jardin d'autrui plutôt que de s'occuper du leur, ou le plus souvent de moi-même. J'apprends à me détacher de mon propre jugement négatif, le plus impitoyable !

    Grandir dans l'incompréhension donne une force de vie incroyable, doublée d'un grand manque de confiance en soi, qui s'élabore au fil des expériences. Je me suis fait naître à moi-même, et peux, avec le recul, sentir combien mes ascendants m'ont transmis de choses également. Je ressens de la gratitude de savoir prendre maintenant ce qui est bon à prendre pour moi, et à ne plus tant culpabiliser de ne pas être celle que l'on attend. A dire vrai, je ne suis même pas sûre que les "critiques" attendent quelque chose de moi en particulier, mais émettre des jugements négatifs est parfois si agréablement rassurant, comme lorsque l'on regarde les infos bien au chaud calé sur son canapé. L'humain a besoin de se comparer. Bien souvent à son détriment. 

    L'esprit libre dérange, il remet en question, car assumer pleinement ses choix de vie, quand ils sortent du cadre, finalement, réveille cette soif d'infini et d'aventure, nichée au plus profond de chaque individu sensible.
"Ah, que j'aurais aimé... " n'est pas pour moi. 
Et pour vous ?


                                                                                                                                                             EM

jeudi 30 mai 2013

AVEC TOUTES MES AMITIES

         Je coupe un gros chou vert en fines lamelles, je rajoute du lard, des baies de genièvre, des quartiers de citrons, du gingembre, du vin blanc, et je jette le tout dans une marmite où rissolait un poireau émincé avec quelques épices. Je cuisine pour six, avec amour et plaisir. A plusieurs reprises, je suspends mon geste, tant ce que j'entends est beau : Comte-Sponville et Enthoven lisant les Essais de Montaigne et les commentant. Je pleure même, car le tréfonds de mon âme résonne avec plusieurs phrases. Ce sont des pleurs d'émotion, de joie, qui arrivent de manière inopinée, autant au ciné qu'en lisant un Paris Match, ou en regardant une toile. C'est quand mon âme est touchée car elle se sent reconnue ! Oh oui, ça fait du bien de parler le même langage ! De ne pas avoir à se battre pour exprimer ses idées, mais juste d'être. ÊTRE. En résonance totale.
Rencontré à la fac de Lettres, à l'âge de 19 ans, dévastée par la mort de ma maman, et perdue sans doute, Montaigne a été mon père en littérature, mon guide, à la manière d'un maître philosophique ou spirituel. En ne parlant que de lui, il m'a appris à me connaître. J'ai compris à quel point son humilité est grande, bien qu'il ne parle que de lui : il le fait sans fard. Par sa liberté de ton et l'entreprise qu'il s'est donné ("se dépeindre"), il m'a comme libérée. Je poursuis mon chemin à ma manière, et je m'aperçois que je me dirige comme lui, vers la connaissance de moi-même et la rédaction d'essais, vers ce qui est ma raison d'être, au sens "destinée". 
Et bien 15 ans après, il répond toujours à mes questions, ce vieux Montaigne ! Quand on est sincère au plus profond de soi, on atteint l'intemporalité, n'est-ce pas ? Il dit la vérité car il dit sa vérité. Il ne cherche d'ailleurs pas la vérité, il dit que "rien n'est certain". Pas de dogme et de grand système de pensée, car l'homme est "mouvant".
Oui, ce matin, je me questionnais à propos de l'amitié, et du cas de figure suivant : une bonne amie ne daigne pas répondre à mes messages, depuis plusieurs mois, sans raison évoquée, malgré mes questions. Je trouve cela triste, comme quelque chose de chouette qui est laissé de côté, et qui prive deux personnes. La vie est trop courte pour faire bêtement la gueule, non ?! C'est bien une chose que je n'ai jamais fait, et que je trouve vain ! Comme par hasard, une des premières phrases que j'entends entre deux éminçages de chou, est :
"Sans amitié, personne ne choisirait de vivre" (Aristote). 
Elle me touche au coeur, évidemment. Pour moi, rien n'est plus important que l'amour partagé sur cette terre, et nos amis et proches en sont la manière la plus incarnée possible de vivre cette félicité au quotidien. Comprenez moi bien, je parle de simplicité et de profondeur du partage, par divers biais : prendre un thé, bavarder, aller marcher ensemble, consoler, être consolé, écouter, parler, échanger. Être là pour son ami. Répondre quand il appelle. Le respecter dans ce qu'il est. S'accepter mutuellement, dans les similitudes et les différences. On se fait grandir.
J'ai la chance d'avoir beaucoup d'amis, de toutes sortes, et j'aime nourrir chacune de ces amitiés de la façon la plus spontanée qui me vient. Chacun de ces amitiés est précieuse pour moi. Avec l'une, ce sera de parler de philosophie et de littérature, avec l'autre, de partager une affection purement câline et maternelle, comme inconditionnelle, avec un autre ce sera des échanges de services pratiques, qui font que l'on sait que l'on peut toujours compter sur l'autre, avec une ou deux autres, ce sera une connaissance mutuelle accrue par le nombre des années et la confiance que l'on fait à l'autre pour se confier sans être jugée...  etc...
Qu'est-ce qu'un bon ami ? Ou une vraie amitié ? être reconnue pour soi-même, et capable d'être libre d'être soi, au contact de l'autre. Avoir plusieurs bons amis est un cadeau, car on va pouvoir développer avec chacun une facette de nous-même, différente selon le type de relation. Avoir un très bon ami se gagne par le temps et l'importance que l'on fait à cette relation dans sa vie : je crois que les très bons amis se comptent sur les doigts d'une main. Une amitié est une relation à deux sens, les deux individus nourrissant, chacun à sa manière, le lien, comme une plante verte qui pousse vers le ciel, et que tour à tour, chacun arrose.
Être amis est un choix, une sorte de roc parmi les tourbillons de la vie. On change d'amis, au gré de nos évolutions, et puis on en garde certains, ad vitam aeternam, on en a l'intuition. 
Ce qui fait la beauté de l'amitié est l'échange. 
Montaigne s'accorde avec Aristote, sur le fait qu'une vraie amitié profonde est une joie sans pareille dans la vie. Il a été inspiré pour écrire ses essais à la mort de son cher ami La Boétie, avec qui il avait une communion d'âmes intense. Ce qu'il dit sur eux est bouleversant. 
J'ai toujours pensé qu'il était important de respecter la relation d'amitié, qui est faite d'amour, et que la rompre était dommage, sauf si l'échange ne passe plus. Loyal, fidèle, un ami est un allié, quelqu'un avec qui l'on peut être soi-même, propre parfois à nous sauver de notre marasme, et réciproquement, car celui-là nous aime, en toute simplicité.
J'ai un profond respect pour la relation amicale, et me dis que celui qui ne l'honore pas, ne s'honore pas lui-même, et qu'il souffre probablement beaucoup. Je suis exigeante, et me sens blessée ou fâchée, par exemple, de ne pas avoir de réponse de mon amie. Je trouve cela peu respectueux, et tarit l'envie que j'ai de partager avec elle. Ne s'aime-t-elle donc que trop peu pour comprendre que son amitié est une richesse pour quelqu'un d'autre ? Mais pour être précieux pour quelqu'un, ne faut-il pas le vivre, le dire, le montrer ? La plante dépérira si l'un arrête d'arroser, sans explication, laissant le champ des "expectations" ouvert.



Je dédie ce texte à tous mes amis, qui eux seuls, sauront se reconnaître.

                                                                                                                                                        EM



samedi 25 mai 2013

LAISSEZ NOUS NOS SEINS ! ou vision socio-reflexive du cancer en occident

     Angelina Jolie s'est faite amputer de ses deux seins, préventivement. Ce titre m'interpelle tant,  en devanture du tabac presse, que je m'arrête pour feuilleter l'article. Va-t-on bientôt se faire enlever le cerveau afin de prévenir toute tumeur au cerveau ?
Pour Angelina, en plus, les deux sont liés... son intelligence ("intelligence physique") ne se se situait-elle pas dans ses deux seins, justement ? Quel acte terrifiant, pour une femme, qui plus est, quand elle est publique et connue pour sa plastique ! Son acte est taxé de "héroïque" par la presse, celui d'une "guerrière". Moi, il me choque, et j'éprouve de la compassion. Chacun est libre pour lui-même, de faire ce que bon lui semble. Jusqu'à se mutiler si ça le rassure.



                                       



      Pensez-vous qu'enlever une partie du corps va supprimer l'éventualité de la maladie ? Si la maladie, comme on le sait en médecine chinoise ou ayurvédique, n'est qu'un exutoire du corps afin de retrouver l'équilibre, si le signal est pris en compte ; alors se débarrasser de l'organe enlève juste la possibilité d'exprimer ce déséquilibre, mais ne résout nullement le problème. La médecine moderne se laisse entraîner dans des débordements extrêmes... et le corps devient une machine que l'on pense pouvoir réparer comme une voiture, sans nulle considération pour l'entité que nous sommes : âme -corps-esprit. A-t-on tant versé dans le matérialisme comme philosophie de vie, que même la maladie, on pense pouvoir la traiter comme une panne de machine à laver ? Allez hop, on change le filtre ! En tout cas, toute sa fortune, à cette belle actrice, ne lui a pas ouvert les portes des thérapies naturelles et des bienfaits de la méditation. Dommage.

                                       


     Ce qui m'a frappé ce matin, en lisant cet article, c'est la vision que l'on a de la maladie en Occident. Le cancer sonne comme une malédiction que l'on fuit. Le mot en lui-même contient une connotation négative. Il fait peur, comme un cancrelat, comme le crabe du zodiaque. Il a la même sonorité que le "cancre" (anagramme qui plus est ) Son étymologie vient du grec karkinos : écrevisse, et en latin signifie "chancre, crabe". 
Alors, il s'agit de prendre une mine contrite et pleine de pitié pour le malade du cancer. Bien plus que pour l'infarctus ou l'hépatite. Le cancer contient en lui une véritable tragédie interne. Au juste, est-ce que cela aide le malade, autant de sérieux ? Pourquoi dramatise-t-on tant cette maladie ?  La maladie existe bien pour une raison, n'est-ce pas ?


                                           


          On peut guérir de tout, comme on peut mourir de tout. On ne meurt d'ailleurs que de la mort. Un tel aura survécu aux camps de concentration et mourra en glissant sur le trottoir, tandis qu'un autre, après trois cancers, mourra d'un accident de ski. Alors, pourquoi ne pas considérer la maladie juste pour ce qu'elle est ? Le symptôme, plus ou moins évident, d'un déséquilibre interne, d'une faiblesse d'immunité, le tout soignable par un rééquilibrage interne. Chacun ses mots pour expliquer cela... mais l'important, n'est-ce pas que cette maladie fasse sens pour le malade ? Pas en terme de culpabilité et de jugement de soi-même, mais au contraire en terme d'acceptation. Bien sûr, la maladie est désagréable, et il est sain de vouloir retrouver la santé au plus vite. Mais pour être débarrassé de quelque chose, ne fait-il pas déjà l'identifier ? En connaître les contours ? Puis en découvrir les causes, afin de cesser de nourrir ce mal à la source ? Oui, cela demande donc pas mal de connaissance de soi-même, et je crois qu'en cette matière, le plus érudit est encore le principal intéressé. Or, nous nous comportons face aux médecins comme s'ils savaient tout mieux que nous-même ce que nous ressentons. Certains mêmes, essaient de culpabiliser le patient d'avoir envie d'être acteur de sa guérison : "qui a fait médecine, ici ?" En matière de cancer, on peut dire que la médecine actuelle, face au taux de mortalité énorme dû au cancers (sauf chez les plus vieux), s'avoue souvent sans réponse, et les médecins parfois démunis appliquent le lourd protocole, faute de mieux. Chimiothérapie, radiothérapie, greffe, etc... qui dans certains cas sont de l'acharnement thérapeutique.

      Ne vous êtes-vous pas déjà demandé comment vous agiriez, si l'on vous dépistait un cancer ? On connait TOUS plusieurs proches qui y sont confrontés. Que feriez-vous, concrètement ? Vers quelles médecines vous tourneriez-vous ? Que feriez-vous de votre vie ? Par qui souhaiteriez vous être entourés ? Où voudriez-vous aller, pour vous retaper ? 
Je pense que rien ne soigne plus que l'amour des proches, de la famille, des amis, des inconnus (une infirmière chaleureuse, qui tient finalement le rôle de maman...), un environnement paisible, une nourriture saine, une nature accueillante, des lectures inspirées, des films drôles et intelligents, de l'écriture chaque jour, des thérapies douces, comme l'acupuncture, l'homéopathie, des plantes, des huiles essentielles, du yoga, natation ou ballades ... etc
Mais tout cela ne sert qu'à restaurer la sérénité intérieure, la paix en soi, afin d'offrir le meilleur terrain au rétablissement. Car ce qui guérit, c'est la vie. Quand la vie prend le pas sur la mort. 

     La maladie s'affronte, seulement une fois acceptée, quand un sens se fait, qui est différent pour chacun, et s'exprimant de diverses manières. On peut déjà tout simplement la prendre comme un excellent prétexte pour s'arrêter et s'occuper de soi. Pour se découvrir mieux, et peut-être réaliser que l'on a pas de temps à perdre pour vivre ce que l'on a envie de vivre profondément. Regardez le nombres de révélations et de déclics qui arrivent quand la vie est menacée !

    Enfin, être malade, n'est ni un drame, ni une honte, ni une malédiction. C'est une expérience de vie, à laquelle la plupart d'entre nous sommes confrontés, aussi sûrement que CHACUN d'entre nous est confronté à la mort, et qui peut être vécue pour ce qu'elle est, sans chercher à en rajouter.
J'ai vu mon père choyer ma mère comme jamais, quand elle a été malade à 40 ans. Aller la voir chaque jour à l'hôpital, à 2h de chez nous, lui peindre et dessiner des tableaux chaque jour. Des preuves d'amour, ma maman en a eu plein, tant et si bien qu'elle est sortie du coma, alors que les médecins la disaient perdue ! Yes, elle est revenue ! She can do it ! Peut-être la volonté de son âme de rester encore un peu....  elle avait des choses à faire, ne serait-ce que nous élever encore un peu, ma soeur et moi. 

    Maintenant, je suis sensible au mot cancer, et il m'a fait peur pendant longtemps, si bien que je peinais à le prononcer... ceci doublé d'une angoisse d'être malade à mon tour... Et  bien, j'ai compris que ma peur cachait surtout un trésor :
une immense envie..... DE VIVRE !!! 
Yallaï. 
om shanti
Shanti shanti Om !

                                                    

                                                                                                                                                                                                                                                 EM

jeudi 23 mai 2013

LOVELY DOLL ou Du rôle de Barbie chez les filles - Essai socio-psycho-ethno-littéraire -

      1983. Recevoir ma première Barbie, vers l’âge de cinq ou six ans fut un véritable enchantement, un rite de passage vers le monde des femmes et marque le début d’une longue histoire d’amour. Mon parrain adoré, sorte de gros papa noël barbu, m’a couverte de Barbies et de tous ses accessoires - mobylette rose à paillettes, avec casque rose, qui a tant fait rire (sans raison !) les adultes autour de moi, cuisine intégrée avec mini canettes de coca dans le frigo, mini casseroles et poêles à frire, Golf cabriolet décapotable tout plastique, piscine, camping-car... Oh, que de réalisations possibles avec mes Barbies ! Elles vivaient dans le monde que j’avais envie d’explorer, et m’ont permis de réaliser mes fantasmes. Elles furent un des catalyseurs qui m’ont délivrée de mes envies consuméristes et superficielles à l’âge adulte, les ayant vécu totalement au travers d’elle ! Barbie vivait le rêve américain, tel qu’il apparaissait à la TV, et était ma porte d’accès à ce monde-là, moi qui évoluais entre un père peintre et une mère psy, à la campagne, mangeant les légumes du jardin et allant à pied à l’école communale.

                              


    Dans un de mes premiers souvenirs avec « elle », le fils d’un ami de mes parents, plus âgé que moi de quelques années, me demande en souriant si ma poupée s’appelle vraiment « Brigitte Bardot ». Ce garçon m’impressionne, il est comme un adulte pour moi, et je le trouve beau. Se moque-t-il ? Je ressens de l’ironie, alors qu’il n’y a qu’amusement et affection. Je me souviens juste avoir rougi et m’être sentie dévoilée dans mes aspirations les plus secrètes, par le biais de ma blonde poupée.
    Salvatrices, initiatrices de la féminité, démiurges de mon monde intérieur, elles étaient les actrices des histoires d’amour passionnelles qui bouillonnaient en moi, tout autant que les que des concrétisations plus pragmatiques comme l’installation de son premier appartement. Elles, elles n’avaient pas à avoir honte : elles étaient, elles vivaient ce que bon leur semblait, ce que mon cœur leur dictait. Des premiers émois aux premiers câlins, ou à la première scène de jalousie. Chacune de ces poupées a dû concentrer une énergie folle en matière de sexualité. Tous mes rêves, mes fantasmes, mes envies de vies futures, toutes mes projections ont été comme emmagasinées dans ce corps rigide ... Tout mon devenir de femme adulte se concentrait dans ce morceau de plastique aux formes protubérantes, vénus Hottentote  du XXème siècle… Totem magique, condensé brut de chair imaginative et débridée, Barbie, avec ses longues jambes, ses beaux seins et son maquillage tatoué à vie, est une héroïne d’Almodovar, déesse de la féminité outrancière et icône pour gay. Cette féminité si outrée qu’on ne peut qu’en jouer. Ce paroxysme a infusé en moi, libérant un côté insouciant car heureux d’être, de la femme jolie et qui aime séduire. Barbie incarne le concept de la beauté pour une petite fille occidentale. Physiquement, cette poupée m’a peut-être un peu modelée. Je l’ai tenue dans mes mains pendant de nombreuses années, comme un morceau de glaise auquel je donnais une forme ; Dieu, faites que mes seins soient comme les siens, que mes jambes soient aussi longues, que mes cheveux soient aussi blonds et longs ! Et Dieu créa la femme !
    Je n’avais que deux Ken, le mâle de la Barbie, en comptant celui de ma sœur. Nous composions donc avec deux hommes pour vingt femmes, notre cheptel au total. Le Ken étant rare à Noël, car présentant finalement un intérêt réduit – pas de cheveux à coiffer, pas de formes arrondies à parer, bref, il ne m’amusait pas du tout. Les histoires s’en ressentaient forcément : bagarres et manigances allaient bon train, car du fait de sa rareté, Ken avait le privilège d’être très demandé. Sa vie n’était pas si rose (couleur de son nœud papillon), son rôle se limitant à être un faire-valoir pour la plus belle Barbie, lors de sorties chics. Il avait tout de même la chance de participer à quelques ébats amoureux avec elle, où avec mes petites voisines, nous nous échangions tous les secrets sexuels que nous connaissions. Barbie était libre de tout faire, et elle s’en donnait à cœur joie, à deux, trois ou plusieurs !
   Mais alors, devient-on comme Barbie en grandissant ? 




     Pour ma part, à vingt ans, mes cheveux étaient longs, ondulés et blonds (grâce aussi à quelques mèches), mes seins opulents, mes jambes minces, un sourire collé sur mon visage maquillé. De là à dire que je ressemblais à Barbie, non. Mais tout de même, je me rapprochais de ce canon de beauté qui m’avait modelé inconsciemment. La douceur de la femme qui cherche à plaire et à satisfaire son partenaire, était-ce Barbie ? Sans nul doute, je m’en approchais aussi.       
    Quand je pense à une amie américaine, danseuse et plasticienne, blonde au corps massif, longues Dread locks piquées d’ossements d’animaux, piercing à tous les étages, venant des froides montagne de l’Oregon, aimant vivre nue, ne s’étant jamais épilée de sa vie… qui, pour son premier jour en Fac à Berkeley, tombe sur une ancienne camarade d’école primaire, qui lui saute dessus en lui demandant : est-ce bien toi, Jess, celle qui avait la Barbie Dream House ?! J’ai éclaté de rire, imaginant ma grande Viking jouant de tout son cœur avec sa maison de rêve rose…


    Barbie est comme tout le reste. Pour en extraire sa substantifique moëlle, il suffit juste de ne point en abuser, de rester ouvert à d’autres jeux, de continuer à construire des cabanes dans les bois. Avec elle, on explore sa féminité, dans son archétype le plus marqué. Je « jouais » avec toute mon âme, et les histoires étaient « entièrement vraies, puisque je les avais imaginées d’un bout à l’autre* ».
 J’ai été Barbie, ou plutôt, Barbie a été moi.

                                                                                                                           EM « chevelure magique »


*pour reprendre les mots de Boris Vian