dimanche 22 février 2015

UNE AFFAIRE CONJUGALE d'Eliette Abecassis

       Une affaire conjugale, roman écrit par Eliette Abecassis, publié en 2010 chez Albin Michel, narre l'histoire du divorce d'Agathe et Jérôme, "mal" mariés depuis huit ans, qui partagent un grand appartement à Paris, et ont des jumeaux de six ans.  Tout commence un beau jour où Agathe entend  une conversation entre son mari et des amis, alors que son portable s'est malencontreusement ( ou heureusement ) allumé et a numéroté son numéro à elle. Elle y entend qu'il la trouve folle, qu'il est mal avec elle, et la méprise. Elle décide alors de fouiller son bureau, et à sa grande surprise, découvre qu'il a une double vie depuis longtemps, qu'il fume des joints plus de que raison, et consomme du porno à outrance, entre autre. 
    Elle lance une procédure de divorce, que lui refuse à tout prix. Pas de conciliation possible.Mais juste la survie.
     Le point de vue est celui d'Agathe, on vit les choses à mesure qu'elle les découvre, on vit avec elle cette traversée infernale qu'elle entreprend pour sortir de l'ombre, du flou, de ce statut de femme mal aimée et mal considérée, qui ne sait trop comment se défendre. 
     Rien ne lui sera épargné, et quand la bataille touche la garde des enfants, ça se corse, et elle prend les armes. 

     J'ai adoré ce livre pour son côté engagé et réaliste, pour la relecture qu'elle fait de son couple ("ainsi vont les choses. On fait un enfant par amour. Peu après, on se rend compte que le couple est mort. On est piégé dans un cercle infernal"), et pour la leçon de vie que cela représente. Je me suis demandée si c'était autobiographique tant cela sentait le vécu. Et oui, elle s'est inspirée totalement de son propre divorce. C'est un témoignage, écrit avec une grande sincérité, et sans honte ( car sa dignité prend de sacrés coups).
                     
                                             une-affaire-conjugale
       Le manque de vraie communication entre eux choque, et ce, dès le début de leur histoire. Leur couple se construit sur d'énormes malentendus, dus aux non-dits, que tous deux semblaient trouver normaux. Ce qui m'a plu, c'est la lucidité que l'aventure lui fait gagner. Elle VOIT le monde avec des yeux neufs, comme "déniaisés", et ses relations familiales et amicales, même si elles s'éclaircissent, y gagnent beaucoup en sincérité. Sur qui compte-t-on quand on décide de faire un choix très impactant sur sa vie personnelle et familiale ? Il faut dire que Jérôme cherche à la manipuler, et l'on comprend que cela fait partie de son mode de fonctionnement. Il demande des lettres de témoignage à son entourage, et a le culot d'aller voir la soeur de sa femme  ( finalement il a du nez, car elle se laisse manipuler facilement et prend parti contre sa propre soeur, la pensant folle, tout en disant l'aimer de maière inconditionnelle. Il sait donner le change, en étant affable, heureusement beaucoup de proches ou moins proches d'Agathe ( souvent ceux auxquels elle s'attend le moins), témoigne de l'attitude réelle du mari dans l'intimité du foyer ( les nounous, par exemple). Lui, se met soudainement à s'intéresser à ses fils, ne s'en étant jamais occupé auparavant et à faire la guerre pour en avoir la garde.  Il ne supporte pas d'avoir été démasqué, en quelque sorte, par sa femme, qui a toujours tout financé avec ses revenus de parolière de chanson. Il cherche à la prendre en faute sur le moindre de ses gestes. 
      La question qui revient souvent dans la tête d'Agathe est "pourquoi ma soeur/mon amie ne veut-elle pas prendre parti pour moi ? De quoi a-t-elle peur ? Pourquoi cherche-t-elle à préserver plus la relation avec son ex-mari qu'avec elle-même ?" etc.... Effectivement, ce livre questionne sur le positionnement que chacun prend dans la vie, surtout devant les épreuves ("l'amitié se révèle dans la nécessité plus que dans l'allégresse" dit-elle dans sa dédicace ). "Il est des moments où il faut savoir choisir son camp. Dans les guerres, notamment. Il est des moments où la neutralité est malveillante. Ma soeur avait choisi le sien : ce n'était pas le mien."

    Heureusement, on a envie de boire une coupe avec elle quand le cauchemar s'éloigne, qu'il quitte l'appartement. De respirer un grand coup avec elle, quand le loup s'éloigne ( car il se trouve une autre proie, hélas). Dans la vie, savoir défendre sa dignité est capital, et passer de temps à autre les apparences, parfois trompeuses, à la machine, ça fait pas de mal !

                                                                                                    Conjugalement votre, 
                                                                                                                                   EM

jeudi 19 février 2015

WHIPLASH, plus qu'un film, une expérience à vivre !

Film électrisant sorti en 2014, réalisé par DAmien Chazelle. Whiplash, c'est un coup de fouet, en anglais, ceux que va recevoir Andrew, 19 ans, virtuose de la batterie, étudiant au conservatoire de Manhattan. Il souhaite intégrer l'orchestre du tyrannique professeur Terence Fletcher,  qui réunit les meilleurs éléments de l'école. Alors qu'il pense l'avoir séduit, le professeur le rabaisse et l'humilie en public. Fletcher ne cesse de souffler le chaud et le froid, partisan de la violence psychologique. Son sadisme pèse sur la vie sentimentale du jeune homme qui commence une relation avec la jolie Nicole. Finalement batteur du groupe, il prend tous les risques pour arriver à temps à un concert... Un jeune batteur intègre le conservatoire de New York, le Shelter, la meilleure école du pays, rien de moins, et l'on va suivre sa progression dans ce milieu si exigent, face à un prof complètement fou et tyrannique, mais musicien doué. 

                                              

Bref, ça c'est le pitch. Pour l'expérience transcendentale, et bien allez-y, vous comprendrez. On me l'avait chaudement recommandé ( merci Jéjé), mais j'hésitais, pas envie d'un film bateau sur le monde élitiste de la musique jazz avec morale bien catholique, genre faut en chier pour y arriver. Au contraire, c'est un film jouissif, qui électrise, énergise et transmet beaucoup d'émotions fortes. Partout où il est passé, les spectateurs ont eu du mal à rester assis sans bouger, et à ne pas jouer avec leurs mains. Moi, perso, j ai joué de la batterie sur mon voisin ( héhé, il n'en pouvait plus), surexcitée, pendant tout le film, en me tordant les mains et en retenant mon souffle pendant les moments de concerts, plein de tensions. Car la tension est énorme, mais pour Andrew, la batterie,c'est toute sa vie, et il veut se faire SA place. Sa détermination m'a inspirée. 
Après, quelle est la morale ? Apprend-t-on mieux dans l'humiliation ? Bien sûr que non, pour ma part, je pense que le talent n'a pas besoin d'être maltraité à ce point, et surtout, que cette condescendances que le prof a avec ses élèves, vient de sa frustration à ne pas avoir "réussi" lui-même à devenir un musicien reconnu et à rester un professeur.

Mais je n'en dis pas plus, courrez-y, en VO please, it's AWESOME !

mercredi 4 février 2015

MES PETITS TRUCS QUI SIMPLIFIENT LA VIE !

Faites macérér des plantes fraîches dans du vinaigre



Voici des petits trucs de grand-mère, que j'utilise sans même plus y faire attention ; ils sont SIMPLES, FACILES, GRATUITS, bref, pas de soucis de crise et de pouvoir d'achats ( désolée pour le gros mot !).
1. THE VERT :  pour que vos plantes vertes aient la feuille bien brillante, proposez-leur a cup of tea : donnez-leur à boire votre reste de thé vert ( refroidi, of course ), et mettez les feuilles de thé au pied de vos plantations. Cela alcalinise les sols, et lutte efficacement contre les parasites. Depuis qu'une copine m'a donné ce truc, je le fais presque chaque matin.
2. VINAIGRE : moi, mon préféré c'est celui de cidre, bio ( les pommes sont des fruits très traités). Je fais TOUT avec. Vinaigrette, bien sûr, mais aussi pour faire lever mes pâtes à gâteaux : une pincée de bicarbonate + une cuillère de vinaigre, et mes muffins lèvent bien ( je n'utilise jamais de levure chimique). Quand j'ai mal à la gorge, aditionné à une tisane, c'est radical. Basifie l'organisme ( vous savez, quand on a trop abusé des aliments sucrés, gras, industriels...)

Dans la cuisine : dans la plupart de mes plats, je mets un peu de vinaigre en fin de cuisson, du balsamique, du Xeres, de cidre ou de vin. Et pour faire des oignons confits, c'est divin : mettez un trait de vinaigre balsamique sur vos oignons en rondelles dans la cocotte, avec le sel, un peu de miel, et des aromates ( graine de cumin, de fenouil, etc...), laissez caraméliser un peu : idéal pour une pissaladière, pour une ratatouille, whatever, c'est une base excellente pour commencer un plat ( quand on ne sait pas où il nous amènera)
3. ARGILE : 2fois/semaine, j'en mets avec mon dentifrice ( sur ma brosse à dent), idéal pour la blancheur des dents et contre saignements des gencives. Si vous brossez votre langue avec, exit la mauvaise haleine.
4. CITRON : j'en mets toujours un petit quartier dans mes confitures ( toutes), car il permet une bonne prise, grâce à son pouvoir gélifiant ( encore mieux avec 1 ou 2 pépins).  
Cure du foie, 2 à 3 fois /an : un jus de citron dans un verre d'eau pas trop froide, tous les matins à jeun pendant 10 jours. Vous retrouvez une peau claire, des yeux brillants, une langue rose, signes que votre foie détoxifie.
5. LEVURE DE BIèRE : donnez-en des cachets à votre animal de compagnie, il se jette dessus comme si c'était des croquettes de luxe, et ça lui fait un poil brillant et fourni. Au maître aussi (s'il mange lui aussi les comprimés)

Et pour ceux que ça intéresse : la recette du fameux vinaigre miracle ( moi, je viens d'en faire ma version, avec plantes du jardin réunionnais, je vous dirais à quoi il ressemble dans 15j)
http://www.01sante.com/contenu/page/vinaigre-des-4-voleurs-964

                                                                                                                                          EM

jeudi 29 janvier 2015

ON EST CE QU'ON MANGE


                                                 untitled

L'étape suivante, c'est de se transformer en saucisse ?
C'est valable pour toutes les sortes de nourritures.
La nourriture "physique", celle qu'on avale. On est fait de matière organique, on retrouve des traces en nous de tout ce que nous ingérons, inhalons, appliquons sur notre peau.  Je crois que chacun sait, on a déjà entendu tant de choses là-dessus (le bio, les pesticides, les aliments transformés, etc...).
La nourriture "culturelle", mentale, celle qu'on ingère avec les yeux, la tête, les oreilles... Musiques, spectacles, émissions TV, livres, échanges, relations humaines...
La nourriture spirituelle, celle qui nourrit notre être profond : la connexion avec la nature, avec Dieu, avec soi, par le biais de ce qui nous ramène à nous ( c'est quand l'intellect ne s'en mêle pas, vous savez ?!, quand on est si absorbé parce que l'on fait que cela nous "vide la tête")

Et bon appétit !
                                                                                                                                                       EM

jeudi 22 janvier 2015

DIRE ET FAIRE CE QUE JE PENSE JUSTE : BILAN DE LA SEMAINE

  Alors, que s'est-il passé pour moi, cette semaine, où je me suis efforcée d'être honnête et intègre avec ma parole et mes actes ?
De drôles de choses, que je n'aurais jamais pu prévoir. Dire ce que l'on pense, revient finalement, à être en accord avec soi-même, à ne pas trahir sa propre volonté, pour faire plaisir à quelqu'un d'autre, par exemple. Et étrange, des personnes que je ne soupçonnais pas partager mon point de vue, m'ont remercié d'avoir osé dire tout haut ce que je sentais, et que du coup, elles avaient réalisé qu'elles non plus, n'étaient pas en accord avec la décision. Cela a fait changer la donne.

   Ce qui a été parfois compliqué, ça été de faire le point avec moi-même, de régler la netteté en quelque sorte. Il y a des choses que l'on sait sur soi de manière évidente : nos goûts et nos dégoûts, par exemple. Le plus délicat, a été au niveau des relations humaines. Comment dire que je ne suis pas d'accord face à tout un groupe ? Se savoir en minorité, et tout de même faire valoir ma parole ? 
Le discours enflammé de Christiane Taubira à l'Assemblée, en faveur du mariage pour tous, entendu par hasard aujourd'hui, m'a aidée, étonnement. Elle se laisse submerger par l'indignation, dans une verve intense, et cela donne une justesse criante à ses paroles. Elle touche au plus profond de l'être humain, par l'intemporalité de sa révolte.

   Déjà, je dois dire que tenir ce pari cette semaine, a été un pari constructif, qui m'a poussé dans mes retranchements, jusqu'à sonder ce qui était vraiment juste pour moi, et à plonger. L'idée de défi était là pour soutenir mon manque de courage parfois.

   Se positionner. La clé de tout. Se connaître soi-même est une chose, essentielle. Mais rester soi-même face à l'autre demande parfois du courage, de la détermination, et de savoir dépasser sa peur et sa culpabilité.
    Ai-je besoin de l'avis d'amis concernant une décision que je veux prendre ? On veut juste être conforté dans notre vision, la plupart du temps... mais en avons-nous besoin ? Décider seuls de ce qui est juste pour nous ? Au final, nous prenons souvent la décision que l'on avait préssenti au début.
Mon copain dit que je suis un microcosme à moi toute seule. Ne le sommes nous pas tous ? Je crois que c'est en respectant notre écologie intérieure que l'on peut s'adapter ensemble.

Et je finirais en disant un spécial merde ( une fois n'est pas coutume) aux emmerdeurs, à tous les empêcheurs de s'éclater, à tous les rabatteurs professionnels de joie, à tous ceux qui ont besoin d'éteindre la lumière de l'autre pour sentir la leur briller. Et un spécial thank's à tous les autres, animés de joie, de foi, d'amour et d'humour ! Longue vie à eux.
                                                                                                                                                   EM


 

lundi 19 janvier 2015

LE DEFI DE LA SEMAINE... DIRE CE QUE JE SENS

   Alors, dit comme ça, ça peut faire un peu : je dis tout ce qui me passe par la tête, sans égards pour l'autre.
NON. 
Mon défi de la semaine, pari pris avec mon chéri ( une marque de chocolats délicieux), est de dire les choses clairement. Si je n'ai pas envie, je vais m'exprimer, avec courtoisie, mais fermement. Si j'ai une chose à dire à quelqu'un, je vais lui dire. Si une proposition ne me convient pas, je ferai la mienne, et serai prête à assumer les conséquences. Ainsi, je m'engagerai dans des projets et des choix qui me conviennent. 
Dire ce que je ressens, c'est un peu (ou beaucoup, suivant le cas de figure) de courage, face à certains interlocuteurs ( son boss, son père, son voisin...), mais c'est surtout du temps de gagné pour la suite. Dire oui à contre coeur est le gage d'ennuis et de compromission par la suite. Est-ce à dire qu'il ne faut faire aucun compromis ? Pour les choses qui nous sont essentielles, on ne PEUT SE COMPROMETTRE ! C'est une évidence ! 
Moi, je connais mes essentiels, et il y a des choses, surtout celles qui on trait à la création, à l'expression artistique, et à la foi, que je suis incapable de sacrifier. Cela s'appelle se positionner. Oui, prendre position pour ce que l'on est profondément, en dépit du jugement d'autrui, de notre potentielle culpabilité, du qu'en dira-t-on...

Je me lance : et c'est parti pour une semaine de VERITE crue et nue, dans toute la splendeur de sa simplicité... J'ai des choses à régler cette semaine, alors à bientôt pour le feedback.
Et vous, vous tenez le pari ? 
Racontez moi ça...


                                                                                                                                              EM

samedi 10 janvier 2015

La grâce des brigands de Véronique Ovaldé

    C'est l'histoire d'une jeune femme : Maria Cristina Väätonen,  qui à seize ans, quitte Lapérouse, sa ville natale, une mère étouffante autant que peu aimante, un père taciturne, et une soeur jalouse, pour s’installer à Santa Monica (Los Angeles). C’est le début des années 70, de la Californie et de sa littérature libertaire. Dans son errance, elle va s'installer en colocation  avec une jeune serveuse enceinte avec laquelle elle va bientôt former une petite cellule rassurante à trois, et tomber amoureuse ( ou, plutôt, en dépendance admirative et malsaine) de Claramunt, un auteur US à succès.
    J'ai adoré l'ambiance dans lequel ce roman brillant m'emportait, et signe d'un excellent livre, qui me suit encore, une semaine après l'avoir terminé. L'héroïne et sa quête d'ancrage et d'équilibre, que vraisemblablement, elle n'a pu trouver dans sa famille, elle va la chercher ailleurs. D'abord géographiquement, au soleil, loin de la froide humidité de sa ville canadienne, puis en ses pairs, afin de se recréer un noyau familial, et enfin en elle, en accouchant de romans puissants, dévoilant la vérité sur ce qu'elle a vécu. 

    Voici un petit extrait, juste pour vous donner l'esprit du livre, car vraiment, Ovaldé est une grande auteur, avec un style ciselé et profond. Elle va loin dans l'âme humaine, et fait des constats d'une rare acuité sur les relations humaines et familiale, sur la solitude humaine et la sur la bienveillance et la confiance entre les êtres.

                                     La Grâce des brigands


Les calmes après-midi du bord de mer
Maria Cristina Väätonen, la vilaine soeur, adorait habiter à Santa Monica.
La première raison de cette inclination, celle qu'elle n'avouerait sans doute pas ou alors seulement sous forme de boutade, en riant très fort et très brièvement, c'est qu'elle avait la possibilité à tout moment de déguster des cocktails de crevettes et des glaces à la pastèque sur le front de mer.
Elle pouvait s'asseoir dans un restaurant pour touristes aisés où le serveur l'interpellait par son prénom et ajoutait toujours des cacahuètes pilées à ses crevettes -il ne disait pas cacahuètes, il disait, Je vous ai mis des arachides, Maria Cristina, et il roulait les r suavement, peut-être pour faire croire qu'il n'était pas du coin. Et elle pouvait s'installer sur la terrasse du restaurant à une table qu'aucun client de passage n'aurait eu le droit d'occuper. La terrasse surplombait la baie du haut de ses pilotis, et on y sirotait des sangrias avec lenteur en contemplant le soleil qui disparaissait au fond du Pacifique dans une apothéose fuchsia. Puis Maria Cristina pouvait décider de prendre sa décapotable verte et rouler le plus vite possible sur l'autoroute, remonter la nuit Mulholland Drive au volant de sa voiture et sentir le vent frais qui vient des jardins des multimillionnaires, les jardins qu'on arrose à minuit pour que les orchidées et les roses au nom latin se sentent à leur aise, elle pouvait goûter sur son visage l'humidité des bambouseraies qu'on fait pousser en plein désert, et ensuite rentrer chez elle à l'heure qui lui plaisait, garer sa voiture en mordant sur le trottoir près du petit chemin qui descend vers la plage, claquer la porte de son appartement, jeter les clés par terre, se défaire de ses vêtements en les laissant simplement tomber sur le sol, mettre très fort la musique et allumer toutes les lumières comme si elle avait une minicentrale électrique pour son usage personnel dans le sous-sol.
Elle pouvait faire tout cela mais ne le faisait quasiment jamais.
La possibilité seule l'enchantait et lui suffisait.
Maria Cristina Väätonen aurait probablement aimé être une femme scandaleuse.
Malgré ce désir, elle ne faisait que goûter plaisamment sa vie d'écrivain et la modeste notoriété que son succès accompagnait. C'était l'autre raison pour laquelle elle appréciait d'habiter à Santa Monica: une communauté d'écrivains dépressifs et/ou cacochymes y vivait, arpentant les pontons comme de vieux squales à la recherche d'éperlans. Ils avaient tous tenté de devenir scénaristes ou présentateurs d'émissions culturelles, ils avaient réussi ou échoué, là n'était pas la question, et ils fumaient des cigarillos en regardant la mer et en imaginant s'exiler à Tanger, Paris ou Kyoto. L'un de ces vieux écrivains était l'homme le plus important de la vie de Maria Cristina.
Maria Cristina avait trente ans (ou trente et un ou trente-deux) et se trouvait encore dans l'insouciant plaisir d'écrire, acceptant la chose avec une forme d'humilité et le scepticisme prudent qu'on accorde aux choses magiques qui vous favorisent mystérieusement.


                                                                                                                                                    EM